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Le
regard du psy,
dessin de Sophie Berrué
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"Le
psychologue est soumis au patient."
Cette idée heurte notre conception habituelle. La soumission
du psychologue au patient est dérangeante. Le psychologue
n'est il pas un spécialiste, un expert de la souffrance
psychique ?
Rompre
avec les habitudes
La figure du spécialiste a un rôle prépondérant
dans notre société. Que faisons-nous lorsque nous avons
un problème que nous ne pouvons résoudre seul ? Nous allons
nous adresser à un autre, mais pas n'importe lequel, à
celui qui sait le résoudre.
Si nous avons un problème d'ordre médical,
une angine par exemple, nous nous adressons à un médecin
qui, lui, sait comment soigner notre angine. Si nous avons
un problème d'ordre juridique, nous demandons à un avocat
d'intervenir car lui sait quelle procédure engager.
Pour chaque problème existe un
spécialiste qui fait autorité dans son domaine.
Parfois, nous sommes "bringuebalés" de spécialistes
en spécialistes, toujours plus compétents
les uns que les autres. C'est une habitude de se soumettre
à l'expert dans un rapport passif/actif, inférieur/supérieur,
obéissance/autorité, souffrance/guérison,
écouter/dire, ne pas savoir/savoir.
Dans ce contexte la personne qui à
un " problème psychique " dont elle ne peut se
dégager seule va s'adresser à un spécialiste
: le psychologue, qui est sensé savoir ce qui est
bon pour elle et va la guérir de sa "maladie".
Aussi, comment le psychologue pourrait-il être en
position passive ? Ne dispose-t-il pas d'une autorité
certaine ?
Celui
qui souffre n'est pas passif
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Le
regard du patient,
peinture de Sophie Berrué
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Notre phrase clé rompt avec cette
conception tant répandue en l'utilisant pour mieux
la renverser. Elle inverse le rapport : celui qui souffre
n'est plus passif, il dit sa souffrance, réfutant
l'adage "souffre en silence". La "guérison"
n'est plus due au savoir de l'expert ni à l'obéissance
du malade à son égard, car le psychologue
se met à la place de celui qui ne sait pas, il
se soumet donc au patient, qui est convié à
la place de celui qui sait.
Le cheminement du patient consistera,
entre autre, à se départir de l'habitude
de s'en remettre, à celui qui doit savoir comment
faire. C'est le patient qui détient la connaissance
de son "mal". Le psychologue est là pour l'aider
à y avoir accès.
Ce type de relation engage le patient
à ne plus se soustraire à sa parole. Prendre
la parole, c'est prendre le risque de parler seul, avec
ses propres mots à un inconnu, lié par le
secret, et cette parole nous mènera quelque part,
elle ne sera pas vaine.
Face à un enfant qui a une anorexie,
des convulsions, des cauchemars, des phobies, de l'asthme,
de la dysorthographie ou du mutisme, on peut se précipiter
sur le symptôme, au risque d'en déclencher
un autre. Mais on peut aussi écouter en quoi il
nous fait signe : "Eh, eh, je vous fais un petit signe
!". Signe de quoi ? Seul l'enfant pourra le dire,
s'il a le loisir de parler et d'être entendu. Lui
seul sait sans savoir qu'il le sait, mais sa parole le
sait, c'est ce qu'on appelle l'inconscient.
Les
prémisses d'une éthique de la relation
C'est seulement par cette démarche
que nous pouvons écouter la " vérité
" voilée dans la parole du patient. Peu importe
au psychologue si ce que lui dit le patient est " vrai
". Ce qui est important, c'est que celui-ci parle de ce
qui lui tient à cœur. Le psychologue considère
alors que le patient dit toujours la vérité,
bien qu'à demi-mot.
Ainsi en acquiesçant à
la vérité qui parle par la bouche du patient,
le psychologue permet à cette interrogation que
crie la vérité de s'avancer, à savoir
: " Pourquoi cette histoire qui
s'appelle "l'existence", et dans laquelle hommes et femmes
sont embarqués, s'articule-t-elle souvent, qu'ils
soient gentils ou désagréables, dans la
discordance, la boiterie, l'occasion manquée ?
"
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Peinture
de Anne-Laure
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Dès lors, la relation du patient
et du psychologue ne serait-elle pas la tentative de frayer
le chemin d'une réponse à cette interrogation
? La soumission du psychologue au patient révèle
les prémisses d'une éthique de la relation
thérapeutique. Elle se dégage de toute pratique
morale qui réduit les personnes "pour leur bien",
qui leur imposent un savoir qui leur est extérieur.
L'éthique ouvre au sujet le champs des possibles,
elle lui donne l'occasion de s'approcher de sa vérité
qui n'est autre que la considération du cheminement
de son désir au cœur même de son histoire
singulière.
Renaud Hermet
(étudiant
en maîtrise de psychologie
clinique à l'université de Paris 8)